Critique: Il y aura des morts de Patrick Senécal

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Patrick Senécal, toujours mon préféré…

C’était un beau dimanche après-midi de printemps (ou d’été), je commençais à travailler dans une librairie spécialisée à Québec. Spécialisée, ça veut dire: y’a pas grand monde. J’avais deux tâches (trois, si on compte servir les très très rares clients): faire le ménage parce que c’était deux gars pas trop portés sur le ménage qui travaillaient la semaine, et placer les nouveautés en magasin. Ça me prenait deux heures sur mes seize heures de travail hebdomadaires. Je lisais pas ben ben dans ce temps-là. En 2007, quand même, j’ai commencé sur le tard.

Patrick Senécal il y aura des mortsSur le présentoir, devant moi, se trouvait Le vide, de Patrick Senécal. Je me suis dit: me semble qu’il est connu lui, c’est gros, ouache! J’ai ouvert le livre au début du chapitre 8. (c’est le chapitre 2 dans le livre, mais ils sont mélangés, bref, le chapitre 8): «Frédéric Ferland cessa de lécher l’anus, retira ses trois doigts du vagin et les considéra d’un air morne.» Ouache! Je l’ai refermé. L’affaire, c’est qu’il y avait quelque chose qui m’avait marquée. (Avec le recul, je dirais que c’est la force de l’écriture de Senécal qui m’aurait séduite en quelques phrases…) La fin de semaine suivante, je l’ai commencé, et ces 14 heures de travail par semaine à ne rien faire se sont transformées en: je lis tous les Senécal sans m’arrêter, et ensuite je lis, juste je lis, je me tape roman après roman après roman après roman… Je n’ai pas arrêté à ce jour.

Chaque nouveau livre de Senécal est plus spécial que tous les autres livres que je peux lire en une année, car, peu importe le travail, la fatigue ou les responsabilités, j’embarque à fond et je ne lâche pas le livre.

Il y aura des morts n’est pas une exception à ce rituel. Ça a pris deux pages et je m’étais déjà attachée à Carl Mongeau, propriétaire de bar dans la cinquantaine, bien rangé, un genre de beau bonhomme qui s’entraîne et qui mène une vie parfaite… selon lui. Un jour, au Lindsay, son bar à Drummondville, une inconnue lui annonce qu’il va mourir. Il ne s’en préoccupe pas trop, préférant penser au 20e anniversaire de son bar… Mais, même s’il a décidé qu’il avait tout fait pour avoir une vie parfaite, il se rend vite compte que le chaos s’empare vite du contrôle que nous exerçons sur notre vie, et sera traqué dans les rues de Drummondville, ce qui transformera tous ses petits tracas quotidiens en derniers de ses soucis.

36 heures, c’est ça Il y aura des morts, 36 heures dans la vie de Carl Mongeau, qui avait l’air si bien rangé au début. La traque commence sans prévenir, et surtout sans savoir pourquoi. Se poser des questions, émettre des hypothèses qui génèrent encore plus de questions, Carl devient fou à se demander ce qui se passe, et le lecteur aussi. C’est là toute la force de l’écriture de Patrick Senécal, trop efficace peut-être. Et c’est à ce moment précis que j’entre dans un état de panique, parce que je sais qu’il va falloir que j’attende à la fin pour résoudre le mystère, et je sais, qu’à la fin (comme dans tous les autres livres de Senécal), je vais encore être obligée de travailler, de réfléchir à l’horreur de la situation, au côté sombre de l’humain, à «sérieux, est-ce qu’on peut vraiment en arriver là?». Et là je lis, je lis, sans m’arrêter, je me fous de l’heure, je lis le matin, le soir, en préparant le repas, un peu en diagonal pour aller plus vite (mauvaise stratégie…), et je passe à travers le livre, essoufflée, vidée, et cette fois-ci (c’est une première), avec un nerf bloqué dans la main gauche! Trois jours à ne pas pouvoir zipper mon manteau, ouvrir les pots, tenir des choses (si petites soient-elles…) dans ma main… Ce sera un souvenir que j’aurai de Il y aura des morts.

Une chose que je pourrais reprocher à Patrick Senécal (je lui dirais pas ça en pleine face c’est sûr…), c’est d’avoir ramené un de ses livres plus ou moins bons dans l’histoire, qui se transforme lentement en un ***** # 2. Bon, puisque ça a amélioré le livre pas très bon en question, je lui pardonne. Une autre chose m’a aussi frappée en lisant le livre. Pour avoir lu les autres 3 ou 4 fois chacun (c’est un euphémisme, je vous dis pas combien de fois je les ai lus…), je trouvais que presque tous ses personnages principaux avaient un point en commun: ils mettent un pied plus loin que n’importe qui l’aurait fait. Ils ont un besoin de sensations fortes, leur vie ne les satisfait pas, il manque de quoi, et ils vont juste un peu plus loin que la ligne de ce qu’on imagine être la réalité, et là, tout commence/dérape. Ici, ce sont les personnages autour de Carl qui font ça, et le héros subit, se questionne, persévère bien au-delà de tout ce qu’on pourrait imaginer pour trouver des réponses.

Finalement, scènes sanglantes, suspense, horreur, dialogues hyperréalistes, tout ce que Senécal maîtrise extrêmement bien, je l’ai trouvé dans Il y aura des morts. Et je ne suis pas du tout déçue de mon préféré!

Valérie Tremblay

About Valérie Tremblay

Originaire d'Abitibi-Témiscamingue, Valérie Tremblay est enseignante de français et d'espagnol au secondaire depuis 6 ans. En plus de ses études en enseignement, elle a terminé un baccalauréat en études hispaniques à l'Université Laval à Québec. Elle a écrit des chroniques de livres jeunesses de tous genres de 2010 à 2014 pour le webzine culturel Info-Culture.biz en parallèle avec sa carrière.

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