November : un poème en noir et blanc

On entend peu parler de l’Estonie, un pays balte d’Europe du Nord dont la langue chantante s’apparente au finnois. Rarement exporté, son cinéma a tout de même retenu l’attention du festival Fantasia, qui en a présenté un titre lors de sa présente édition. Adapté du roman Rehepapp d’Andrus Kivirähk, November est un long-métrage étrange dont le noir et blanc envoutant, mis en valeur par un éclairage contrasté, s’est mérité le prix de la meilleure cinématographie au festival Tribeca.

November Estonie afficheL’intrigue? On pourrait la résumer ainsi : la paysanne Liina est amoureuse du paysan Hans, qui s’entiche à son tour de la fille du baron. Mais cette description simpliste ne saurait rendre hommage à la complexité de cette œuvre inexplicable qui flotte entre rêve et cauchemar, où les morts reviennent souper une nuit par année, les paysans vendent leur âme au diable pour animer des esclaves faits de ferraille, l’amour transforme les femmes en louves et les sorcières abrutissent les prêtres avec une simple mèche de cheveux.

Porté par un humour noir et parfois absurde, November explore le folklore estonien du dix-neuvième siècle et sa conjonction souvent loufoque avec le christianisme. Il rapporte aussi les tensions entre les pauvres et les riches, les serfs estoniens et la noblesse allemande. L’avarice est au cœur du récit. Les bijoux des ancêtres, les robes de la baronne mourante, l’or dont est couvert l’autel de l’église : tout est à voler.

Les symboles font légion : une femme endeuillée qui disparait sous la surface de l’eau, la peste qui se métamorphose en pièce d’or pour tromper un homme, un fourgon mortuaire qui croise une charrette décorée pour un mariage, des paysans qui recrachent les hosties pour en faire des ammunitions. Or, nul doute que plusieurs métaphores échappent à ceux qui ne sont pas versés dans la culture estonienne. November est donc un poème que le spectateur québécois est incapable de décrypter, avec pour seul choix de se laisser ensorceler par sa magie et sa folie.

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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