Liberation Day : Laibach vs Kim Jong-un

Malgré que le Festival Fantasia ait l’habitude de nous présenter des œuvres subversives et de nous faire découvrir le monde asiatique, rare ont été les occasions d’entrer dans les contrées inquiétantes de la Corée du Nord. La présentation cette année du documentaire LIBERATION DAY est venu efficacement combler ce manque.

 

Tout amateur de musique industrielle se doit de connaître le groupe Laibach. Originaire de la Slovénie, actif depuis le début des années 80, très impliqué politiquement, Laibach est une influence incontournable de ce genre musical que nous chérissons tant. Rammstein n’aurait d’ailleurs jamais vu le jour sans l’existence de Laibach.

En 2015, Laibach a fait la manchette un peu partout dans le monde. A-t-il remporté un prix prestigieux? Est-ce l’un des membres du groupe a commis un crime? Non, rien de tout ça. Laibach a tout simplement donné un concert… en Corée du Nord.

Le documentaire Liberation Day suit les préparatifs de cet événement inusité donné dans le cadre du 70e anniversaire soulignant la fin du règne colonial de l’Empire japonais. Dès le générique de départ, le ton est donné : des images de propagande du peuple nord-coréen adulant leur dirigeant suprême défilent à l’écran, entrecoupées par celles de fans hystériques assistant à un concert de David Bowie ou accueillant les Beatles à la sortie d’un avion. Blanc bonnet et bonnet blanc? Peut-être bien, tellement l’attitude du public qui vouent un culte à ces diverses personnalités – artistiques ou politiques – est confondante par leurs similitudes.

Habitué aux échanges culturels avec la République démocratique de Corée, le norvégien Morten Traavik (également coréalisateur du documentaire) se démène comme un diable dans l’eau bénite pour mener ce projet à terme. Dès leur arrivée, le gouvernement nord-coréen souhaite annuler le concert : Laibach serait un groupe facho, voire nazi selon la presse occidentale (Laibach – qui aime détourner les symboles des régimes totalitaires – a entre autres composé la trame sonore du film Iron Sky). Contre-argument de Traavik : les médias occidentaux qui accusent Laibach de propager des idées fascistes sont les mêmes qui critiquent constamment et durement le régime nord-coréen. Comment le gouvernement de la RPDC peut-il faire confiance à de tels médias? Et vlan dans les dents!

Évidemment, les membres de Laibach et Morten Traavik ne seront pas au bout de leur peine. En plus de composer avec différentes formes de censures, les équipements et les techniciens imposés par le régime accusent cinquante ans de retard. Malgré cela, Morten Traavik ne se laisse pas impressionner. Il est à son quinzième voyage en Corée du Nord et il a plus qu’un tour dans son sac pour arriver à ses fins.

Une fois le documentaire terminé, on réalise à quel point on connaît mal ce coin de la planète, mais des interrogations demeurent. Est-ce que Laibach a bien fait ou non de tenir un concert en Corée du Nord? De tels échanges culturels permettent-ils vraiment au peuple nord-coréen de s’ouvrir sur le monde ou au contraire, renforcent-ils involontairement le pouvoir en place? Sinon, qui sommes-nous pour les juger? Sommes-nous véritablement plus libres en Occident ou sommes-nous tout aussi manipulés, mais d’une manière plus subtile et perverse?

Beaucoup de questions, peu de réponses, mais une tonne de plaisir à la vue de Liberation Day. Un documentaire que vous devez voir absolument.

Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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