Critique: Faims de Patrick Senécal

faims patrick senécalPatrick Senécal est un des rares auteurs québécois à se targuer de rassembler un très grand réseau de fans qui attendent avec impatience chacun de ses nouveaux romans. Si d’un côté cela doit procurer une certaine sécurité, on ne peut nier que la barre est repoussée d’un degré plus haut à chaque publication. Avec Faims, paru cette semaine en librairie, Senécal retourne à son  thème favori, les pulsions humaines. S’inscrivant dans la lignée de Hell.com et Le Vide, ce roman mettant en vedette un cirque pour adultes avertis se situe malheureusement en dessous de cette fameuse barre.

Dans la petite ville tranquille de Kadpidi, le quotidien des habitants est perturbé par l’arrivée d’un cirque ambulant, le Humanus Circus. Avant même leur première représentation, la présence de ses membres exubérants et colorés dérange les mœurs des futurs spectateurs. La ligne est lancée, on a hâte de voir ce que contient ce fameux spectacle réservé aux adultes. C’est au bout d’une centaine de pages que notre curiosité est satisfaite, mais la représentation n’atteint pas le degré d’étrangeté auquel on s’attendait. Nous vous laissons la surprise. Disons simplement que le message véhiculé par le cirque tourne autour d’une faim que l’on ressent au cœur du quotidien, des envies que l’on devrait suivre et surtout, assumer. Influencé par la troupe Humanus Circus, certains spectateurs plus sensibles se laisseront aller à sustenter leurs pulsions. Ainsi, Kadpidi connaîtra ses premiers meurtres depuis de nombreuses années et Joël, le personnage principal, devra reprendre du service dans la brigade des crimes. Et quand les choses se mettent à mal tourner au sein même du cirque, c’est la débandade totale.

Malgré le fait que certains personnages succombent à leurs pulsions, on a le sentiment que l’auteur demeure en surface du thème choisie. Les nombreux passages où Joël se questionne sur sa vie conjugale n’apportent rien de nouveau sur le sujet et prennent trop de place, impression donnée car ils sont banals, voir ennuyeux. En fait, l’histoire ne semble jamais vouloir décoller, le roman manque cruellement d’intensité. C’est malheureux, mais on ne retrouve pas l’irrépressible envie de tourner les pages que procure habituellement la lecture d’une œuvre de Patrick Senécal.

Faims réserve par contre quelques bons coups tels que les personnages originaux qui forment le Humanus circus. Bien campés et habités, ils effacent les personnalités banales des habitants de la ville. Bonne idée de la part de l’auteur de parsemer son récit de leurs histoires personnelles. Mention spéciale pour le dompteur Francus, le propriétaire intriguant et charismatique du cirque, qui fait également figure de guide pour les artistes. Les lecteurs assidues de Senécal seront heureux de retrouver Michelle Beaulieu alias la Reine rouge et de découvrir son parcours depuis sa fuite du palais (Aliss), en passant par l’époque où elle possédait un bordel (Hell.com). Vieille et déchue, aussi troublante que pathétique, Michelle vie très mal sa perte de pouvoir. Il s’agit probablement de son apparition la plus  bouleversante dans toute l’œuvre de Senécal.

Le roman a tout de même le mérite de déclencher une réflexion. Combattre ses pulsions malsaines, n’est-ce pas une des grandes choses qui élève l’homme au-dessus de l’animal? Est-on si malheureux quand on ne cède pas à cette faim, par exemple, de tromper sa femme? Ces envies sont-elles réellement mauvaises, ou est-ce qu’elles ne cadrent tout simplement pas avec la société que nous avons construite? À vous d’y réfléchir.

anne marie bouthillier

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

1 Comments

  1. Je pense que c’est son premier mauvais roman,

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