Critique de livre: Revival de Stephen King

Dans le cadre du projet SK365, qui vient tout juste de débuter et où Pierre-Alexandre Bonin, assisté de Mélissa Boudreault, relit l’œuvre complète de Stephen King, la question se posait : alors que lui n’en était qu’aux premières œuvres, qui datent des années 70, pouvais-je brûler les étapes et présenter mes impressions sur le dernier roman du King?

Au risque de, peut-être, m’immiscer dans ce projet ambitieux, impossible de résister. Parce que Revival est un grand roman, la suite logique de la carrière d’un écrivain prolifique, et ça, il fallait que je vous le dise tout de suite.

Une petite ville du Maine tombe sous le charme du nouveau révérend, un jeune père de famille. Particulièrement populaire auprès des jeunes, dont le petit Jamie Morton, le méthodiste Charles Daniel Jacobs est un doux excentrique, fanatique d’électricité, qui mêle l’enseignement de la religion à celui de la science. Lorsque sa femme et son jeune fils connaissent une mort violente, le prêtre dévasté se détourne de la religion. Dans son dernier sermon, il condamne l’institut religieuse et affirme que Dieu n’existe pas. Des années plus tard, Jamie, aujourd’hui un musicien héroïnomane, croise le chemin de l’ancien révérend, qui a découvert une forme d’énergie puissante, « l’électricité secrète », avec laquelle il expérimente pour percer les secrets de l’univers. Mais il y a des choses avec lesquelles les vivants ne doivent pas jouer…

L’un des romans les plus réussis de l’auteur, à mon sens, présente une histoire de fanatisme à la Pet Sematary, où le personnage ne peut accepter la mort. La perspective est aussi intéressante puisque, même si l’intrigue gravite autour de Daniel Jacobs, le récit est raconté par Jamie, qui mène une vie banale dans laquelle le révérend va et vient. De fait, alors que tout nous est raconté au sujet du musicien, des pans entiers de la vie de Jacobs nous manquent. Le traitement du thème de la vieillesse et de la nostalgie, à travers le récit de Jamie Morton, en est un fin et mature, tout en douceur et sagesse.

On pourrait craindre de ce développement lent qu’il nous mène à une conclusion décevante. C’est plutôt l’une de ses finales les plus horribles que Stephen King nous offre ici. Une fin sombre, horrifiante et sans espoir, dans la tradition monstrueuse de H.P. Lovecraft et Robert Bloch. En empruntant au Lovecraft Circle des citations et le (faux) livre maudit De vermis mysteriis, King nous propose son univers alternatif, un monde de souffrance peuplé de créatures puissantes et tyranniques. Il se réclame aussi de l’influence du Frankenstein de Mary Shelley, notamment par le pouvoir de l’électricité et les prénoms des personnages Mary et Victor. Le Prométhée moderne est aussi au centre du dénouement spectaculaire.

Pour notre plaisir et notre horreur (le plaisir de notre horreur?), Revival, c’est l’accomplissement d’un auteur génial, fort de son expérience, qui se paie un sacré bon moment.

REVIVAL
Stephen King
Scribner | 2014 (version originale anglaise)
405 p.

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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