Critique Contes interdits: Blanche-Neige de L.P. Sicard

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Des quatre contes remaniés par les auteurs aux plumes sanglantes des Contes interdits, Blanche-Neige est sans contredit le récit le plus repris. Que ce soit en littérature, au théâtre ou au cinéma, notamment dans le film Blanche-Neige, le plus horrible des contes, le côté sombre de cette histoire des Frères Grimm a déjà été exploité. L.P. Sicard ne tombe pas dans le panneau et évite le déjà vu en créant une version fantastico-psychologique à saveur horrifique qui ne laisse pas de glace.

Blanche-Neige Contes interdits L.P. SicardBlanche-Neige est le seul des quatre romans à être narré par le personnage principal, de son point de vue exclusif. Et pour cause, il s’agit du Contes interdits le plus introspectif, le plus centré sur la protagoniste, Émilie, une femme amnésique enfermée dans un asile. Ce choix de la narration, communément appelée au «je», isole le personnage et la rend d’autant plus vulnérable qu’elle n’a pas de véritable alliée. C’est bien seule qu’Émilie traversera l’horreur pure, emmenant dans son sillage un lecteur empathique à ses angoisses.

L’histoire de Blanche-Neige se découpe distinctement en trois parties. La première, de loin la plus dynamique, nous présente Émilie, une jeune femme condamnée pour un crime dont elle n’a aucun souvenir, forcée à la réclusion en hôpital psychiatrique. Rapidement, on se retrouve happé par le récit du tourment qu’Émilie y vit, par les sévices qu’elle endure et finalement, son évasion. Après une entrée en matière aussi enlevante, on se dit pas de doute, c’est un page turner.

Les choses se gâtent alors qu’on entre dans la deuxième partie du roman, où Émilie, telle l’héroïne du conte d’origine, s’enfuit dans la forêt pour trouver refuge dans une maison déserte. S’ensuit une série de phénomènes paranormaux aussi déroutants qu’effrayants qui se succèdent en un crescendo infernal. Malgré un rythme constant et des événements traumatisants décrits de façon imagée, cette partie s’étire en longueur d’autant plus que le lecteur y évolue dans la confusion la plus totale, cherchant constamment des indices, des repères pour reconstituer l’intrigue. La torpeur survient et le lecteur se retrouve comme englué dans un interminable cauchemar.

Au bout de la terreur et de l’angoisse, le lecteur affamé de vérité s’aventure à toute vitesse dans la troisième partie, où certaines clés sont données, mais où plusieurs questions sont soulevées. En effet, L.P. Sicard fait de Blanche-Neige un récit ouvert, c’est-à-dire qui ne fournit pas de réponse absolue, mais fait naître une myriade d’hypothèses. La finale contient tout de même quantité de révélations surprenantes qui donnent envie de relire immédiatement le roman afin de replacer les morceaux manquants. Un réel plaisir.

Blanche-Neige est donc un récit atypique et étrange qui ne plaira pas à tous, de par sa fin ouverte, mais également de par ses nombreuses pages où le lecteur est volontairement laissé dans le noir. Par contre, pour ceux qui aiment s’abandonner entièrement et sans se poser de questions à l’univers d’un auteur, lui remettant toute sa confiance alors qu’il descend aux enfers main dans la main avec le personnage principal, Blanche-Neige est un détour obligatoire.

Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.
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