Critique cinéma: la Tour sombre

J’ai eu l’immense privilège d’assister à l’avant-première de la Tour sombre, film basé sur l’œuvre éponyme de Stephen King, une saga de huit tomes qui englobe l’immense majorité de la production de King. Je ne suis pas un simple fan du « maître de l’horreur ». Non seulement j’ai publié de nombreuses analyses sur son œuvre dans différentes revues et colloques, mais j’ai choisi la Tour sombre comme corpus de base pour ma thèse de doctorat. Bref, je suis une base de données ambulante sur tout ce qui touche Stephen King, et mes attentes envers cette « suite » cinématographique étaient ridiculement élevées. Voici le compte-rendu de ma rencontre avec Jake, Roland et Walter, l’Homme en noir.

la tour sombre film critiqueDifficile de résumer l’histoire de la Tour sombre sans brûler l’intrigue des romans tout en demeurant compréhensible pour ceux qui n’ont pas lu le matériel original. Mais je vais quand même tenter le coup. Jake Chambers est un adolescent new-yorkais qui semble sombrer lentement dans la folie. En effet, depuis la mort de son père, ses rêves sont envahis par des visions d’une tour sombre, et des efforts d’un homme étrange pour détruire celle-ci. Et Jake est formel : si la tour vient à tomber, le monde tel qu’on le connaît sombrera dans le feu et les ténèbres. Heureusement, Jake rêve aussi à un pistolero, le seul homme capable de contrecarrer les plans de l’Homme en noir. Ce que l’adolescent ignore, c’est que ces rêves sont en fait les visions d’un monde parallèle au nôtre, et que la Tour Sombre est au centre de tous les univers connus. Lorsqu’il franchit un portail pour se retrouver dans le monde de Roland, il est loin d’imaginer ce qui les attend, le pistolero et lui, dans leur quête pour sauver la Tour.

Parlons d’abord de la distribution, puisque le choix d’Idris Elba, un acteur noir, pour jouer Roland de Gilead, le dernier pistolero des Terres Mitoyennes, a fait couler beaucoup d’encre avant même la sortie du film. Personnellement, dès la première bande-annonce, j’étais convaincu. Elba a un charisme brut et une force tranquille qui émane de lui, sans qu’il ait à ouvrir la bouche. Pour moi, il était Roland, même si King décrit son personnage comme un jeune Clint Eastwood —un blanc aux yeux bleus. Et ça fonctionne ! Elba donne vie à Roland, à sa quête aveugle de vengeance, au mépris de la sauvegarde de la Tour Sombre. Puis, au fil de ses interactions avec Jake, on voit la carapace se fendiller peu à peu, jusqu’à ce qu’il doive faire un choix, qui aura une influence sur l’ensemble de sa quête.

la tour sombre personnages jake pistoleroDe son côté, Tom Taylor est tout simplement renversant en Jake Chambers. On le voit littéralement se faner et dépérir, alors que les cauchemars se font toujours plus sombres et plus insistants. On partage son émerveillement et sa joie lorsqu’il découvre le monde de Roland. Et la chimie avec Idris Elba est indéniable. C’est LA révélation du film !

Et puis il y a Matthew McConaughey, qui s’amuse ferme dans la peau de Walter, un homme cruel et impatient, aux méthodes peu orthodoxes, qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Il fait un adversaire crédible (et coriace !) qui s’oppose à Roland, tout en cherchant à mettre la main sur Jake et son incroyable shining (les fans de King reconnaîtront clairement la référence !).

Côté histoire, on a droit à un mélange de différents tomes du cycle de King (le premier, le troisième et le sixième, pour les curieux !), dans une sauce western science-fictionnel qui fonctionne bien. L’univers de Roland est établi de manière efficace et crédible, même si on sent qu’on ne nous présente que la pointe de l’iceberg. Ceux qui n’ont jamais lu le matériel source ne devraient pas être dépaysés, ce qui est toujours une bonne chose.

la Tour sombreÉvidemment, puisque la Tour sombre ne dure qu’une heure et demie, certains raccourcis ont été pris et Walter se déplace ridiculement vite (un peu à la manière de certains personnages dans la version télévisée de Game of Thrones) et certains personnages secondaires auraient gagné à être approfondis. Visuellement superbe, le film aurait également gagné à ralentir un peu le rythme pour que le spectateur ait le temps de s’investir à fond dans l’histoire, les personnages et l’univers. Mais compte tenu de la durée relativement courte, il n’y a pas de place pour les temps morts.

Bref, je suis ressorti de la projection de la Tour sombre le cœur léger et le sourire aux lèvres, satisfait du traitement réservé à cette œuvre immense qui est au cœur de ma propre vie depuis près de dix ans maintenant. Je vais surveiller avec attention le développement des autres projets entourant le film, puisqu’il y a une série télévisée sur la jeunesse de Roland (qui couvrira donc une bonne partie du tome 4 du cycle de The Dark Tower) dans les cartons. Évidemment, j’espère de tout cœur que les nouvelles au sujet du prochain film filtreront rapidement dans les médias. Après tout, le ka-tet de Roland est encore incomplet et sa quête ne fait que commencer !

Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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