Critique: En ces bois profonds de François Lévesque

Je n’ai pas lu de François Lévesque (auteur abitibien) depuis le fantastique tome 1 des Cahiers de Francis, Un automne écarlate (les tomes 2 et 3 sont toujours dans ma pile de 48 livres à lire…). Dans En ces bois profonds, j’ai retrouvé le même auteur qui démarre avec un jeune personnage en pleine quête identitaire et qui dépassera les limites de sa réalité pour résoudre cette éprouvante quête qui frappe tous les humains sans discrimination.

en ces bois profond françois lévesqueUn contrat de lecture simple:  une adolescente en conflit avec sa mère (serveuse dans un bar de danseuses tout en ramenant quelques petites heures supplémentaires à la maison) écrit son journal pour raconter, entre autres, ses visions qui la hantent la nuit. Une narration à la première personne très efficace et bien ficelée qui nous dévoile au bon moment les détails tristes de sa vie personnelle, ceux de la vie de sa grand-mère, et les circonstances horribles de sa conception et des précisions sur sa destinée.

C’est à la suite du suicide de sa grand-mère qu’elle sera ramenée par sa mère au village pour exécuter les dernières volontés de l’aïeule. Une mère n’aura-t-elle pas dû s’apercevoir qu’une fanatique avait bien prévu la date de sa mort pour que sa petite-fille soit au lac au bon moment ?

Sur un fond de légendes amérindiennes et de secte menée par un gourou fanatique, Lévesque développe un univers inquiétant explorant autant la vie de la grande ville que celle dans un petit village reculé. Il signe un thriller rural inspiré d’un roman jeunesse qu’il a publié au début de sa carrière. Ses techniques d’écriture ne sont plus à prouver, il maîtrise l’art de pousser le lecteur à continuer sa lecture à la fin de chaque chapitre. Tout au long de l’histoire, la période tourmentée qu’est l’adolescence pour une fille solitaire et introvertie est décrite avec une justesse troublante. De plus, l’héroïne à qui il prête sa voix s’exprime dans un langage cru, avec des images assez fortes: elle appelle son sexe « sainte-vierge » et ses crises d’épilepsie « danse du diable » (je vous laisse vous imaginer le nom de sa période de menstruations…).

Seul petit hic avec ce livre: le problème du destinataire. Lorsqu’on exploite le journal intime, il est difficile de préciser le destinataire: le lecteur, le héros, un autre personnage? Ici, on n’est pas certains: elle indique clairement au début son intention (voir ci-haut), mais malgré la présence d’un vous et de quelques définitions de mots difficiles (l’héroïne prend en effet le temps d’expliquer les mots difficiles qu’elle utilise- c’est un peu plate de se faire prendre pour un idiot par l’auteur…). Au final, on ne comprend pas trop à qui elle s’adresse.

Bref, En ces bois profonds, c’est un voyage sans retour dans la tête de cette adolescente tourmentée qui sombrera doucement dans les abysses de la folie…

En ces bois profonds, de François Lévesque, est disponible en librairie.

http://tetepremiere.com/

Valérie Tremblay

About Valérie Tremblay

Originaire d'Abitibi-Témiscamingue, Valérie Tremblay est enseignante de français et d'espagnol au secondaire depuis 6 ans. En plus de ses études en enseignement, elle a terminé un baccalauréat en études hispaniques à l'Université Laval à Québec. Elle a écrit des chroniques de livres jeunesses de tous genres de 2010 à 2014 pour le webzine culturel Info-Culture.biz en parallèle avec sa carrière.

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