Critique BD: Crossed tomes 1 et 2

Crossed tome 1Aux États-Unis, une maladie mystérieuse transforme les êtres humains en tueurs et en violeurs, sans distinction d’âge, de sexe ou de race. Un petit groupe de survivants tente de rejoindre l’Alaska, dans l’espoir d’y trouver refuge.

Voilà la prémisse du diptyque Crossed signé par le tandem Ennis/Burrows et traduit en français chez Milady, dans sa collection « Graphics ». Non seulement ce résumé peut sembler simpliste, mais il rappelle fortement une autre série à succès où un groupe de survivants tente de trouver un refuge alors que la mort rôde autour d’eux : The Walking Dead. Bien qu’il existe quelques similitudes entre les deux histoires, Crossed n’est pas une copie de la série de Kirkman.

L’intérêt de Crossed tient d’abord à son format inhabituel dans l’univers des comics, soit deux tomes. Évidemment, le succès des deux premiers tomes a engendré une pléthore de suites, mais rien n’égale l’original ! L’auteur a également eu l’audace de terminer l’histoire sur une fin ouverte qui ne résout absolument rien. On ignore complètement l’origine de la maladie et le lecteur ne peut que supputer sur les chances de survie des personnages restants. Parce que oui, les personnages meurent dans Crossed. Bien que ce ne soit pas une histoire de zombies, les malades développent un comportement violent et toutes les inhibitions disparaissent. Ceci donne donc lieu à des scènes de cannibalisme, de nécrophagie, de viols, de nécrophilie, de meurtres, de démembrements et j’en passe.

Crossed bd tome 2Contrairement aux zombies, les infectés de Crossed sont encore dotés de raison, et de la parole, ce qui donne lieu à des dialogues particulièrement crus, qui démontrent la perte d’humanité des victimes. Et comme les infectés peuvent encore réfléchir, du moins dans une certaine mesure, ils font montre d’une cruauté raffinée qu’on ne retrouve pas chez les zombies. Non seulement ils peuvent encore utiliser des armes, mais ils sont capables de trouver de nouveaux moyens d’infecter leurs victimes, puisqu’il suffit d’un contact avec des fluides corporels infectés pour contracter la maladie.

Comme dans The Walking Dead, l’histoire de Crossed s’intéresse aux survivants et à leurs tentatives de s’organiser et de trouver un refuge sûr. Par contre, contrairement à la série de Kirkman, la BD d’Ennis offre un concentré de réflexion sur la société et sur la mince frontière entre l’humanité et la bestialité. Quant aux dessins de Burrows, ils possèdent une charge très forte. Là aussi, il y a rupture avec The Walking Dead, puisque tout est en couleur, ce qui permet de mettre l’accent sur le sang et la plaie en forme de croix qui distingue les infectés.

  Bref, voilà un diptyque bien gore qui pose la question de la survie de l’humanité face à un péril venu de l’intérieur, et qui s’écarte de manière originale de la figure du zombie, qui a littéralement envahi la culture populaire depuis une dizaine d’années.

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Pierre-Alexandre Bonin

About Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre est tombé dans les littératures de genre au primaire, en lisant Ange ou démon?, l’un des nombreux titres de la collection «Frisson», et depuis, il n’a cessé d’élargir ses horizons. Après une maîtrise en littérature québécoise, il a récemment terminé une thèse de doctorat sur Stephen King et prépare un projet de postdoctorat sur l’histoire des littératures de genre au Québec.

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