Coups de coeur 2015

Sur la toile, les rétrospectives 2015 éclosent comme des oeufs de xénomorphe : il n’est que logique de souhaiter nous aussi partager nos coups de coeur de la dernière année, franchement riche et surprenante. Sans directives précises, une poignée de courageux membres de notre équipe a accepté de relever le mandat. Voici, selon nous, ce que 2015 a fait de mieux en matière d’horreur.

ahs liz taylor

Anne-Marie Bouthilier : l’art de se réinventer

Bien qu’elle ne soit pas encore terminée, j’ai un gros coup de cœur pour Hotel, la cinquième saison de la série American Horror Story. Cette histoire-ci est sans doute la plus sanglante de toutes et présente les personnages les plus dérangés. Ma préférence va à Liz, une transsexuelle jouée par Denis O’Hare, sans qui la saison n’aurait pas autant de charme. Et que dire de Lady Gaga, qui nous révèle un très crédible talent d’actrice. J’ai découvert cette année les éditions Luciférines grâce à l’anthologie illustrée Maisons Hantées. Un thème qui m’a toujours été cher et les auteurs choisis ont su le réinventer avec originalité. Autre anthologie française, Moisson d’épouvante vol.2 m’a impressionnée en visitant l’horreur dans ses multiples facettes et en la mariant brillamment avec d’autres genres. Plus près de chez nous, Frédérick Durand, un auteur que j’ai toujours adoré, a publié chez Rivière blanche le roman Quand s’éteindra la dernière chandelle, une œuvre sombre qui vient réveiller de véritables émotions chez le lecteur. Je mentionne également la bonne idée qu’ont eu les éditeurs des Six brumes en publiant une version bonifiée de Au rendez-vous des courtisans glacés, le livre qui m’a permis d’entrer dans l’univers de Durand et de m’y attacher pour de bon. Toujours au Québec, le thanatologue Daniel Naud a retenu mon attention en révélant des anecdotes de son métier méconnu. La tâche de celui qu’on appelait autrefois «croque-mort» est démystifiée dans Avis de Décès 1 et 2, à grands coups d’histoires aussi drôles que macabres.

This publicity image released by NBC shows Danish actor Mads Mikkelson as Dr. Hannial Lecter in a scene from the upcoming TV series, "Hannibal." The series, based on the Thomas Harris novels and starring Mikkelson, Hugh Dancy, and Laurence Fishburne, will premiere on April 4, 2013 on NBC. (AP Photo/NBC, Brooke Palmer)

Élise Lucie Henripin : une année all dressed

Au début de l’année 2015, des amis m’ont invité à les accompagner au cinéma un soir glacial. Je ne savais rien du film que nous allions voir, sinon qu’il avait récolté d’excellentes critiques. It Follows nous a jeté par terre. Ce film minimaliste a tout investi dans son atmosphère, plutôt que des effets spéciaux spectaculaires ou des jump scares faciles. Porté par une trame sonore angoissante comme il ne s’en fait plus que peu, soutenu par des acteurs méconnus de haut calibre, il rappelle le premier Halloween, sans en être la copie. 2015 nous a aussi fait redécouvrir les Fêtes, avec l’hilarante (et sanglante) anthologie Tales of Halloween et le très divertissant Krampus. Et dans un autre registre, il faut voir le bouleversant Goodnight Mommy pour une expérience viscérale. Côté littérature, je garde le souvenir de Boring Girls de Sara Taylor, dévoré en deux nuits d’insomnie au Costa Rica. Bien que prévisible, ce rape and revenge m’a accroché grâce à la justesse et la maturité de son traitement de la crise d’adolescence, de la dépression et du stress post-traumatique. C’est aussi un coup de poing dans la gueule de ceux qui refusent d’admettre la difficulté accrue des femmes à faire valoir leur position dans des centres d’intérêts dits pour hommes – la musique métal ici, mais on pense aussi au jeu vidéo ou au cinéma d’action. Enfin, l’horreur règne plus que jamais au petit écran – et avec quelle intelligence! Hannibal (hélas non renouvelé) et Bates Motel me viennent en tête, largement supérieurs à l’interminable The Walking Dead. Moins de zombies et plus de tueurs en série, s’il vous plait!

scouts guide zombie apocalypse ghostbusters

Pierre-Alexandre Bonin : pépites et objets de désir

L’année 2015 a vu la publication de quelques pépites en littérature d’horreur et a été pour moi l’occasion de retourner (enfin !) au cinéma pour y voir un film d’horreur. Tout d’abord, ma découverte littéraire de l’année va sans contredit au roman Plus de morts que de vivants, de Guillaume Guéraud, publié aux éditions Rouergue. Un roman pour adolescents d’une rare violence graphique avec du gore à foison. Bref, j’ai été comblé ! L’horreur québécoise a aussi été au rendez-vous avec la publication de trois tomes de la série Cobayes. Des trois, c’est sans contredit Benoit qui fut mon préféré, avec les références à l’œuvre cinématographique de Quentin Tarantino et les litres d’hémoglobine qui giclaient de partout ! Olivier, d’Yvan Godbout mérite également une mention pour quelques scènes particulièrement insoutenables et l’utilisation créative d’une cuillère à soupe ! Au cinéma, j’ai eu la chance de voir l’excellent Scouts’ Guide to the Zombie Apocalypse, une comédie d’horreur dans la lignée de Army of Darkness ou encore Bad Taste. Je n’avais aucune attente en allant voir ce film, et j’ai été comblé par l’humour grossier, les maquillages réussis et les zombies qui s’en sont pris plein la poire !

2015 a aussi été une grosse année dans les objets de désirs, des romans ou des films que j’ai vu passer sans pouvoir m’y arrêter, faute de temps. Voici quelques titres qui ont retenu mon attention. Au cinéma, Krampus m’a semblé bourré de potentiel. Du côté littéraire, ce sont The Bazaar of Bad Dreams de Stephen King et L’histoire illustrée de l’horreur qui m’ont donné envie de me plonger dans d’horribles lectures un soir d’orage où je suis seul à la maison. Et vous, qu’est-ce qui vous a donné le frisson en 2015 ?

Cobayes Benoit et Olivier

Sébastien Bourget, cobaye de laboratoire

Maintenant que les partys du temps des fêtes sont terminés et que mon calendrier de 2015 est au recyclage, je vous offre une dernière réminiscence de l’année qui vient de se conclure par un bref survol des œuvres qui ont retenu l’attention du lecteur avide d’horreur que je suis. Durant des derniers mois, les nombreuses interruptions de services des transports en commun lors de mes déplacements sont devenues supportables grâce aux deux plus récents tomes de la série Cobayes. Ce projet de sept volumes d’horreur, dont les personnages et les intrigues cohabitent dans le même univers, a récemment trouvé ses aises avec Benoît (par Carl Rocheleau) et Olivier (par Yvan Godbout). Ces deux ouvrages portent le concept à maturité en proposant des personnages centraux crédibles et complexes, adoptant des comportements sadiques et violents causés par un médicament expérimental testé sur eux. L’autre bonne nouvelle est que les auteurs semblent finalement avec reçu le feu vert pour ouvrir les vannes au niveau du gore, pour notre plus grand plaisir. Contrairement aux auteurs des trois précédents tomes, Rocheleau et Godbout n’ont pas lésiné dans ce département, tout en prenant soin de ne pas donner dans la torture porn. Hommes, femmes, jeunes et vieux sont tous des cibles de choix pour que nos protagonistes déchainent leurs pulsions morbides. Je dois avouer que certains passages d’Olivier ont réussi à rendre inconfortable le gars à toute épreuve que je suis. Il ne reste plus qu’à espérer que la série Cobayes amorce 2016 sur le même momentum que sur lequel elle a conclu celle qui vient de passer.

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Jason Paré, le nez dans les comics

Comme je n’ai pas vraiment vu de bons films d’horreur en 2015 (ce qui ne m’empêche pas de vous conseiller fortement White God de Kornél Mundruczó qui flirte avec le genre), j’ai décidé de consacrer ma rétrospective aux comic books horrifiques. Première suggestion : la mini-série de six numéros Hellraiser Bestiary (éditée par Boom! Studios entre août 2014 et janvier 2015) qui devrait plaire aux amateurs de cénobites. Chaque numéro contient deux courtes histoires et une troisième sous forme de feuilleton (intitulée « The Hunted »). Les lecteurs de Mike Mignola (Hellboy) devraient également appréciés la mini-série Frankenstein Underground (publiée chez Dark Horse Comics sous la forme de cinq numéros). Après une apparition dans les pages de Hellboy, Mignola consacre ainsi une mini-série au légendaire personnage, l’intégrant efficacement à son propre univers et lui créant des aventures totalement nouvelles. Mignola ne réinvente peut-être pas la roue, mais Frankenstein Underground s’avère au final beaucoup moins anecdotique que les récents Hellboy and the B.P.R.D 1952 (et 1953). En effet, si vous souhaitez lire du Hellboy (et surtout si vous êtes patients), je vous conseillerais davantage la série Hellboy In Hell. Seulement deux numéros sont sortis en 2015, mais la série présente un univers beaucoup plus original (quoique plutôt confus pour les non-initiés). Enfin, du côté du Québec, soulignons l’intéressant « one shot » Rise of the Blood Queen. Le créateur de Zombie Commando from Hell a eu en effet la brillante idée de réunir différents dessinateurs pour cette préquelle racontant les origines du personnage. Cet assemblage peut paraître hétéroclite aux premiers abords, mais amène une diversité de traits faisant respirer l’ensemble.

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Dans la bibliothèque de Martine Vignola

Bien que mes rencontres littéraires furent toutes aussi captivantes les unes que les autres, certaines ont été plus marquantes que d’autres. Par exemple, j’ai eu beaucoup de plaisir avec le dynamique Frédéric Raymond. Bien que fort occupé avec la sortie de Bizarro, il avait pris un temps avec moi via Skype. La qualité de la communication étant douteuse, nous étions peut-être espionnés par des extra-terrestres, mais je pencherais plutôt pour la thèse du chamboulement magnétique causé par Ummfrang, le démon jardinier de Dave Côté. Il faut dire que Le jardin d’Ummfrang m’a particulièrement marqué par son humour sombrement délirant.

Les éditions Porte-Bonheur nous ont aussi réservé de belles surprises. Bien qu’ayant particulièrement apprécié L’Écologie d’Odi de Michèle Laframboise, Allégeances d’Isabelle Lauzon et Nadine Bertholet m’ont littéralement coupé le souffle. La trame narrative judicieusement alimentée par une intrigue juste assez glauque m’a totalement charmé.

La série Cobayes s’est poursuivie avec pour summum Olivier. Yvan Godbout a poussé certaines frontières morales sans retour possible. Pourtant, le récit est si habilement raconté qu’on en éprouve un plaisir coupable. Yvan Godbout est sans doute un maître littéraire à garder à l’oeil.

Et pour terminer l’année en beauté, je me suis laissée envoûter par le roman de Frédérick Durand, Au rendez-vous des courtisans glacés. La narration à l’américaine fait une fois de plus ses preuves. L’auteur nous tient en haleine avec un enchaînement de mésaventures parfaitement rythmées, combiné à des descriptions particulièrement dégoûtantes. Ayant déjà navigué au cœur de sa bibliothèque, je m’attendais à un récit fort bien maîtrisé. Il a pourtant dépassé mes attentes. Bref, je n’aurai pas de trop de 2016 pour me remettre de mes émotions!

Bonne année 2016!

 

 

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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