Coup de cœur obscur : Patrick Bernatchez au MAC

Patrick Bernatchez, LOST IN TIME, 2014. Film couleur transféré sur support numérique. 46 minutes.

N’étant pas féru d’horreur par nature, mes yeux et mon esprit se sont plutôt intéressés en 2015 au plasticien québécois Bernatchez. La rétrospective de son œuvre récente au Musée d’art contemporain de Montréal a attiré mon attention et provoqué de l’admiration pour cet artiste maintenant exposé à travers le monde entier. Je tiens à préciser que l’exposition s’est terminée le 10 janvier 2016 et valait le détour, autant pour les amateurs d’art contemporain que les supporteurs de la vague post-acalyptique et de sa diffusion populaire que l’on retrouve un peu partout; autant au cinéma que dans la mode, ailleurs en bande-dessinée et sous toute autre discipline artistique canonique.

    CHRYSALIDE 7 (2006). Collection Alain Tremblay, Montréal.

CHRYSALIDE 7 (2006). Collection Alain Tremblay, Montréal.

Sous un glacis glauque, froid et quasi hivernal, faisant un pied de nez à cet automne sans fin, les œuvres de Bernatchez sont données aux spectateurs curieux sur des murs blancs immaculés, où la résonance des réflexions personnelles de l’artiste trouve ses comptes et ses sens. J’attire particulièrement votre attention sur les dessins macabres de ce dernier. Empruntant à l’estampe, à la sérigraphie et au morbide de l’imagination sombre, sont alignés des dessins au ton binaire, qui repoussent souvent le concept de la beauté idyllique. Les détails précis et la morphologie des personnages est digne de l’horreur.

À maintes reprises, un personnage féminin que l’on croit être une sorcière aux allures démoniaques, dont les organes génitaux se doublent, seins et vagin, aux crocs tranchantes, accouchent d’êtres et d’animaux, sous un sourire béatifiant. Tour à tour, au fil des dessins, des lapins-vampires s’allaitent sur sa poitrine pour y arracher du lait ou du sang. Qui sait ? Futuriste, rétro-futuriste, fantaisiste qui emprunte au style de la heroic fantasy très ’70 et à sa présence dans le discours représentatif de l’iconographie heavy metal et du satanisme ou de son concubin, le paganisme.

Ces dessins réunis sous le titre de Chrysalides, plongent le visiteur dans un univers entropique, exposant la dichotomie entre la vie et la mort, la décomposition et le vieillissement du corps. On n’a qu’à penser à la putréfaction et à une sexualité bestiaire sans équivoque. Perversion et morbidité cohabitent ensemble. À l’occasion, les images sont imprimées sur un miroir et ramènent le spectateur à sa propre image, bien loin de l’imaginaire de Bernatchez.

Patrick Bernatchez, LOST IN TIME, 2014. Film couleur transféré sur support numérique. 46 minutes.

 LOST IN TIME (2014). Film couleur transféré sur support numérique. 46 minutes.

Une autre œuvre magistrale et poétique de ce dernier a capté mon attention. Les temps inachevés est en fait un triptyque épousant des médiums différents. La cinématographie, la sculpture et la photographie. Elle met en scène un cavalier apocalyptique, sous l’influence des thématiques proches du cinéma de science-fiction. Les costumes du cavalier et de sa monture sont des bijoux néo-steampunk et inter-galactique. Une photo du couple équestre débute le triptyque, puis suit des détails de leurs apparAts dans des cages de verres, d’une manière archéologique, puis se culmine dans un court-métrage noir et blanc où la quête intemporelle de la lutte des deux personnages, perdus dans l’immensité arctique, se déroule sous nos yeux.

Avez-vous eu l’occasion de voir cette exposition? Pour plus de renseignements sur l’artiste, visitez son site Internet.

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