Cirque, horreur et cinéma

freaks film

PREMIÈRE PARTIE (1920-1972)

À l’occasion de la publication du numéro 14 de Clair/Obscur ayant pour thème « cirque sinistre », voici une liste chronologique de films d’horreur tournant autour de ce lieu très particulier et normalement festif. Pour constituer cette liste, j’ai écarté volontairement les titres ne touchant pas au cirque directement. En effet, de nombreux parcs d’attractions, fêtes foraines et carnavals préfèrent consacrer leurs énergies sur les manèges et les jeux divers, négligeant ainsi de présenter des spectacles, un aspect essentiel au cirque. Pour les mêmes raisons, je n’ai pas inclus tous les films touchant aux figures archétypales de ce lieu. En effet, un clown peut très bien gagner sa vie en dehors du cirque, en amusant par exemple les enfants dans les fêtes-anniversaires (ou dans les hôpitaux, comme un certain Gacy, de triste mémoire). Voici la première partie de cette liste comptant douze titres au total.

LES PRÉCURSEURS

cabinet docteur caligariDas Cabinet des Dr. Caligari (Le Cabinet du docteur Caligari) de Robert Wiene / Allemagne / 1920 / 71 min.

Courant incontournable qui a fortement marqué le cinéma fantastique et d’horreur (sans compter la science-fiction avec Metropolis de Fritz Lang), l’expressionnisme allemand a énormément contribué  à l’esthétisme des films d’épouvante américain dans les années 30 (les monstres de la Universal en tête), ainsi que le film noir qui prit son essor dans la décennie suivante. Le Cabinet du Docteur Caligari est l’une des pierres d’assises de ce courant. Dans ce film muet très porté sur la théâtralité (le jeu des acteurs est caricatural et les décors – magnifiques et tout en oblique – sont clairement faits de fausses perspectives), Robert Wiene exploite la figure angoissante du somnambule, ainsi que de son hypnotiseur (le docteur Caligari du titre) afin de dépeindre une histoire de meurtres dans une ambiance cauchemardesque. Plus largement, le film illustre le danger des élites manipulant les masses. L’histoire se déroule en 1830 dans une fête foraine, et non dans un cirque. Cependant, c’est grâce à une représentation devant public que nous découvrons ce proto-boogeyman. Plus important encore, c’est lors de ces dites représentations que Caligari choisit les victimes du somnambule. Les mouvements désarticulés et la maigreur de ce dernier le font d’ailleurs étrangement ressembler à un mort-vivant (Caligari le couche d’ailleurs dans une sorte de cercueil lorsqu’il n’a plus besoin de ses « services »). Un chef d’œuvre que vous devez (re)voir absolument.

 

freaks filmFreaks de Tod Browning / États-Unis / 1932 / 64 min

En parlant de chef d’œuvre, Freaks est devenu un véritable film culte avec le temps, et cela malgré une réception tiède à l’époque de sa sortie et une interdiction d’être projeté dans plusieurs pays (interdiction maintenue pendant trois décennies à certains endroits). Le réalisateur Tod Browning fait preuve ici d’une audace surprenante lorsqu’il choisit de raconter cette histoire qui met en vedette un couple de lilliputiens. Le mari (Hans) est un illusionniste tandis que sa femme (Frieda) est écuyère, tous deux employés d’un cirque en tournée à travers l’Europe. Tombant amoureux de Cléopâtre, la belle trapéziste, Hans se retrouve rapidement manipulé par cette dernière et son complice, l’homme fort du cirque. Leur objectif : empoisonner Hans et lui voler son héritage. Cependant, la confrérie réunissant tous les « freaks »du cirque (homme-tronc, sœurs siamoises, « pinheads », femme à barbe, etc…), s’interposeront au plan machiavélique des deux « escrocs ». Freaks demeure un film encore surprenant aujourd’hui, voire choquant pour certains. David Lynch lui fera le plus beau des hommages dans Elephant Man.

L’INVASION BRITANNIQUE

 

Circus horrorsCircus of Horrors (Le Cirque des horreurs) de Sydney Hayers / Royaume-Uni / 1960 / 92 min.

Au tournant des années 50-60, la Grande-Bretagne devient un terreau fertile pour les films d’épouvante, obtenant de nombreux succès, surtout avec les franchises juteuses que sont Dracula, Frankestein, The Mummy, etc. Productif, le cinéma anglais réalisera au moins quatre films d’horreur se déroulant dans un cirque, entre 1960 et 1972. Réalisé par Sydney Hayers, Circus of Horrors raconte l’histoire d’un chirurgien plastique (Allemand, évidemment) qui fuit la France en 1947 pour l’Angleterre, change de nom et devient le copropriétaire d’un cirque avec un Français (interprété par Donald Pleasence). N’oubliant pas pour autant son ancien métier, le docteur pratique son art sur d’anciennes criminelles défigurées qui deviennent des attractions du cirque. S’ensuit de nombreuses morts, la première victime étant tué par un ours (clairement empaillé lors des scènes de lutte), la suivante reçoit un couteau dans la gorge lors d’une séance de lancer aux couteaux, une acrobate fait une chute mortelle, sans oublier la dompteuse qui se fait dévorer par des lions devant un public horrifié. En définitive, Circus of Horrors est une production de qualité qui remplit très bien sa fonction, celle de divertir.

 

circus-of-fearCircus of Fear de John Llewellyn Moxey / Royaume-Uni – Allemagne / 1966 / 91 min.

Basé sur un roman de Edgar Wallace, Circus of Fear (sorti sous le titre Psycho-Circus aux États-Unis), est une coproduction entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne de l’Ouest, et est probablement le film le moins réussi de notre quatuor british (le Ringo du lot, diraient les mauvaises langues). Dès le départ, on remarque que la production reprend les séquences de cirque de Circus of Horrors (par souci d’économie, sans doute), mais les intègre très mal à ses propres images. Ensuite, malgré que le nom de Christopher Lee soit annoncé en tête d’affiche, ce dernier porte une cagoule jusqu’à la soixante-huitième minute. Enfin, pour un film d’horreur, les meurtres déçoivent. Certes, ils se limitent à trois, mais c’est surtout leur mise en scène paresseuse qui contrarie (cela se résume à un simple couteau lancé dans le dos des victimes).  Soulignons tout de même la présence de Suzy Kandall (qui a joué dans L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento) et celle de Klaus Kinsky (Nosferatu: Phantom der Nacht) dans le rôle d’un criminel qui rôde autour du cirque à la recherche du butin obtenu suite à un braquage.

berserkBerserk! (Le Cercle de sang) de Jim O’Connolly / Royaume-Uni / 1967 / 96 min.

Il n’y a guère qu’un meurtre de plus dans Berserk!, mais ce dernier évite la demi-mesure. Première scène du film : lors d’une représentation, le câble se brise sous les pieds d’un funambuliste, mais ce dernier ne meurt pas suite à cette chute. Non, avant qu’il ne touche le sol, le câble s’enroule autour de son cou et étouffe le malheureux! D’autres incidents se produiront en plein spectacle, dont un pendant un tour de magie, alors qu’une assistante se fait littéralement couper en deux – mais hors champ – par une scie mécanique. Mettant en vedette Joan Crawford, Berserk! n’est pas aussi réussi que Circus of Horrors, mais parvient lui aussi à capter notre intérêt, malgré quelques longueurs et une résolution un peu sortie de nulle part (d’un chapeau de magicien probablement).

vampire-circusVampire Circus (Le Cirque des vampires) de Robert Young / Royaume-Uni / 1972 / 87 min.

Seule production Hammer du lot (et la seule touchant au fantastique), Vampire Circus est bien un film de son époque (quoique l’histoire se déroule au début du XIXe siècle). La libération des mœurs vient d’avoir lieu et cela transparaît à l’écran, que ce soit du côté hémoglobine ou du côté cul. D’ailleurs, Izabel Grondin me disait au sujet de ce film l’autre jour que : « C’est dans mon top 3 à vie. Un 5/5 pour moi, sauf le look des dents de vampires. La production la plus osée et provocante de La Hammer. Sexualité, nudité, pédophilie et que dire des scènes violentes qui sont très fortes pour l’époque. » Franchement, que puis-je dire de plus? Le scénario mêle les histoires de vampires avec celles des cirques gitans, il y a un mec qui se transforme en panthère et le film a été réédité en Blu-ray/DVD chez Synapse Films en 2010. Vous savez maintenant quoi demander pour votre prochain anniversaire!

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Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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