Cirque, horreur et cinéma 2e partie

 

Pour faire suite aux précurseurs et aux productions britanniques énumérés dans la première partie, voici la conclusion de cette chronique intitulée Cirque, horreur et cinéma. À l’instar de la publication précédente, je vous suggère ici six films d’horreur touchant de près ou de loin au monde du cirque, mais cette fois-ci produit entre 1970 et 2010.

LA MORT EN DIRECT

wizard goreThe Wizard of Gore de H.G. Lewis/États-Unis/1970 /95 min.

Retour en Amérique avec le père du gore Herschell Gordon Lewis, qui nous offre en 1970 un cinquième film bien dégoulinant – son chef d’œuvre selon certains – The Wizard of Gore. HGL reprend ici l’idée du tour de magie qui tourne au cauchemar, dont la séquence de la scie mécanique coupant une femme en deux, mais contrairement à Berserk! produit trois ans plus tôt, le geste ici est totalement prémédité de la part du magicien. En effet, Montag le magnifique s’amuse à jouer avec la réalité : hypnotisant des femmes sélectionnées dans l’assistance, puis les charcutant de manières atroces et explicites, celles-ci se révèlent étrangement indemnes une fois le spectacle terminé, comme si de rien n’était. Ce n’est que quelques heures plus tard – à la maison, au resto, peu importe – que les blessures réapparaissent soudainement, tuant les malheureuses. Donnant ses représentations dans un simple théâtre, Montag est alors invité par une animatrice télé à présenter son tour à la télévision, ce qui ne présage rien de bon. Malgré le côté « cheap » des effets spéciaux et la médiocrité du jeu des acteurs, The Wizard of Gore demeure un film très intéressant, étant conscient de lui-même. Montag souligne dès le début de son spectacle que la torture et l’horreur ont toujours attiré les foules, que ce soit via les combats de gladiateurs au cirque, les exécutions sur la place publique, les accidents sur le bord de la route, ou le cinéma et la télévision (sans compter l’Internet aujourd’hui).

I guerrieri dell' annoI guerrieri dell’anno 2072 (2072, les mercenaires du futur) de Lucio Fulci /Italie/1984 /89 min.

I guerrieri dell’anno 2072, étrangement baptisé Les centurions an 2001 au Québec (sic) et Rome 2033 : The Fighter Centurions en Belgique (resic), est un peu l’intrus du groupe. C’est davantage un film de science-fiction (ce qui n’empêche pas Lucio Fulci de filmer quelques plans gore comme à son habitude) qui présente un cirque d’un autre genre : celui des gladiateurs. Évidemment, on connaît la chanson : une émission de télé-réalité présentant un sport extrême potentiellement mortel (dans le cas présent, des affrontements armés à dos de motocross au Colisée de Rome) utilise des prisonniers plus ou moins volontaires comme concurrents, leur promettant en échange la liberté (s’ils ne meurent pas avant). Parmi eux se trouve un homme accusé faussement du meurtre de sa femme. À l’instar du Death Race de Paul Anderson, le héros – victime de son talent – est piégé par les producteurs de l’émission qui tuent sa femme et lui font passer le meurtre sur le dos. Leader naturel, il trouvera le moyen de s’allier avec les autres prisonniers et de se venger. Pas le meilleur de Fulci, mais tout de même sympathique, surtout que Fred Williamson, abonné à l’époque aux productions post-nuke italiennes, y joue le rôle d’Abdul, l’un des prisonniers.

LA MORT DU CIRQUE

Killer KlownsKiller Klowns from Outer Space de Stephen Chiodo/États-Unis/1988 /88 min.

Extrêmement populaire dans les années 80, la comédie d’horreur s’attaqua également au monde du cirque — d’une manière plutôt originale — avec Killer Klowns from Outer Space des frères Chiodo. Introduit par une chanson entraînante interprétée par le groupe punk The Dickies, cette production exploite le vieux filon de la petite ville attaquée par des extraterrestres, sauf que dans le cas présent, ces derniers ont l’apparence de clowns difformes. Leur soucoupe volante ressemble fortement à un chapiteau de cirque et les victimes des envahisseurs sont entreposées dans des cocons faits de barbes à papa, afin de servir de nourriture dans un fast-food intergalactique. Le concept est simple et évident : détourner de manière humoristique et référentielle tous les archétypes du cirque. Et ça fonctionne! Inventif, amusant et muni d’effets spéciaux toujours aussi impressionnants vingt-cinq ans plus tard, Killer Klowns from Outer Space vaut le détour et est un rigolo pied de nez au remake The Blob sorti la même année.

Santa Sangre Santa Sangre d’Alejandro Jodorowsky/Mexique – Italie/1989 /123 min.

Produit par Claudio Argento (qui a produit plusieurs films de son frère) et accompagné de la musique de Simon Boswell, Santa Sangre pourrait être décrit comme une version surréaliste de Psycho. C’est effectivement le cas, et c’est ce qui m’a déçu les deux fois que j’ai visionné ce film d’Alejandro Jodorowsky. Étant l’œuvre la plus accessible de la filmographie de l’artiste chilien, la résolution de l’intrigue est profondément conventionnelle. N’empêche, on y retrouve la même signature éclatée et provocatrice. Dès le départ, le film nous entraîne sur une musique sud-américaine endiablée, la caméra virevoltant au-dessus des immeubles d’une ville du Mexique jusqu’au « Circo del gringo », un cirque dont le chapiteau est constitué de multiples drapeaux américains (comme celui dans Bronco Billy de Clint Eastwood). La suite propose une relation mère-fils malsaine et une série de meurtres sanglants chorégraphiés d’une main de maître. Bref, malgré la déception précédemment soulignée, Santa Sangre demeure un film extrêmement riche et captivant; un voyage sur acide proposé par un artiste au sommet de son art et se permettant encore tous les excès.

Lord IllusionsLord of Illusions (Le Maître des illusions) de Clive Baker/États-Unis/1995 /109 min.

Les années 90 ont été dures sur le cinéma d’horreur américain, mais, au-delà de la vague de « slashers » post-Scream, il y a quelques perles qui sortent du lot. Lord of Illusions en fait partie. De nos jours, le cirque ne se fait plus sous un chapiteau traditionnel. Les cabarets et les casinos sont devenus la réalité des artistes du cirque, déteignant sur le genre de spectacle proposé, de plus en plus glamour et tape-à-l’œil, et de moins en moins bon enfant. Philip Swann (Kevin J. O’Connor), un illusionniste riche, célèbre et blasé, semble craindre pour sa vie jusqu’au jour où l’un de ses numéros tourne mal : il est tué transpercé par plusieurs lames devant le public horrifié. Accident ou homicide volontaire? Le détective privé Harry d’Amour (Scott Bakula) mène l’enquête. Clive Baker réalise encore une fois un film d’horreur efficace, jouant avec ses obsessions habituelles, mais profitant au passage pour égratigner le milieu du showbiz californien. Également bercé par la musique de Simon Boswell, et mettant en vedette Famke Janssen dans le rôle de la veuve éplorée – elle fera la « bondgirl » la même année dans GoldenEye – Lord of Illusions offre un spectacle sombre et sans concession.

Balada TristeBalada triste de trompeta de Alex de la Iglesia/Espagne – France/2010 /107 min.

On fait maintenant un saut de quinze ans, pour s’intéresser à l’une des plus récentes œuvres d’Alex de la Iglesia. Situé pendant le régime franquiste (1939-1975), Balada triste suit les mésaventures de Javier, un clown malheureux qui parvient à se faire engager dans un cirque, mais fait tout déraper en tombant amoureux de Natalia, acrobate et compagne du clown-vedette, Sergio. S’ensuit une lutte sanglante et meurtrière entre les deux clowns, qui détruit tout sur son passage. Tout ça pour le cœur d’une femme. Furieuse allégorie anarchiste sur la crise politique qui tiraille l’Espagne de Franco, Alex de la Iglesia n’épargne personne. Un profond sentiment de pertes de repères et d’amères désillusions se dégage ainsi de l’œuvre, aucun personnage n’étant véritablement bon ou méchant. Ainsi, à l’image de Javier, Balada triste propose une comédie dépressive et cynique, un chant funèbre sur l’enfance et l’innocence perdues, une balade qui ne peut que finir dans le sang et les larmes.

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Jason Paré

About Jason Paré

Vidéaste-animateur-chroniqueur abitibien, montréalais d'adoption depuis 2004, Jason Paré réalise des courts métrages depuis une quinzaine d'années et a quelques publications à son actif (principalement des nouvelles d'horreur et de fantastique). Depuis 2014, il anime l'émission L'Étrange programme, un magazine culturel actuellement diffusé sur les ondes de TCF – La télévision communautaire de Montréal.

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