Chaud ce printemps : The Fireman de Joe Hill

the-firemanC’est par hasard que j’ai loué Heart-Shaped Box de Joe Hill à la bibliothèque il y a quelques années, pour me rendre compte à la maison que j’avais décroché le jack pot en mettant la main sur un roman combinant trois de mes choses préférées : le métal, les chiens et les fantômes. L’aventure s’est poursuivie par la lecture de Horns, son plus faible à mon avis, à l’adaptation cinématographique d’Alexandre Aja mettant en vedette Daniel Radcliffe. S’est enchainé NOS4A2, une tragique aventure où un personnage sinistre promet d’amener les enfants dans un monde où Noël ne finit jamais…

Même si ses nouvelles et romans graphiques sont dignes d’intérêt, je suis une fille à romans, quelqu’un qui aime se scier l’épaule en trainant des briques dans sa sacoche. À 768 pages, The Fireman était exactement la tendinite dont j’avais besoin.

Une épidémie ravage l’humanité. Ses victimes identifiables par de magnifiques tracés noirs et dorés qui leur couvrent le derme, la maladie nommée Dragonscale (écailles de dragon en français) condamne ses hôtes à une mort imminente par combustion spontanée. Il faut peu de temps pour que le monde soit en flammes, en proie à une terrible paranoïa, et que les victimes soient traqués par des groupes déterminés à les éliminer. Lorsqu’une infirmière, Harper, découvre sur elle les premiers symptômes, son mari philosophe insiste pour qu’elle se suicide, histoire de ne contaminer personne et de mourir dignement. La jeune femme est toutefois enceinte et se rappelle avoir vu des patientes infectées accoucher de bébés en santé : sa décision est prise, elle mènera sa grossesse à terme. Un mystérieux pompier la prend sous son aile et l’amène dans un camp d’été où des réfugiés ont élu domicile dans le secret. Ils ont appris à contrôler leur maladie et Harper apprendra à en faire de même. Mais la quarantaine a ses désavantages et, trop vite, les malades se tournent les uns contre les autres.

The Fireman a pour canevas un univers familier, celui d’une communauté fermée dans un univers apocalyptique, ce qui ne l’empêche pas de se présenter comme un récit original et plein de surprises. Cimenté dans un monde crédibilisé par une géographie vérifiable et des allusions à des personnages connus (Barack Obama, George Clooney, Glenn Beck, tous morts!), ce récit incendier se démarque par la flamme qui alimente le brasier : une simple lueur d’espoir, alimentée par Harper, un personnage résilient et plein de compassion.

Crédit : Shane Leonard.

Crédit : Shane Leonard.

Les fans seront ravis d’identifier quelques clins d’oeil à l’œuvre de Stephen King, souvent dispersés au cœur des romans de King. En plus des subtiles références à Rita Haymorth and Shawshank Redemption et The Girl who Loved Tom Gordon, on retrouve une allusion à Christmasland, le terrible royaume fictif de NOS4A2 et Wraith, oeuvres précédentes de Hill. L’influence de Stephen King transparait aussi dans le choix de certains motifs, comme la leader religieuse fanatique, les rêves prémonitoires et l’enfant surdoué. Il ne serait toutefois pas justice d’y accorder trop d’attention, puisque l’auteur a vraisemblablement une voix qui lui est propre. Très visuelle et toujours en mouvement, voire cinématographique, son écriture nous propulse toujours de l’avant, dans un monde instable où l’immobilité n’est pas une possibilité. De tous ses romans, il s’agit toutefois du plus « statique », puisque les personnages demeurent longtemps confinés sur le terrain du camp, jusqu’à ce qu’une tragédie imminente les force à prendre la route. Chez Hill, les personnages sont souvent pourchassés…quand ils ne sont pas eux mêmes à la poursuite de quelque chose. La route est aussi métaphorique, bien sûr, puisqu’elle oblige à voyager à l’intérieur de soi, à trébucher sur des révélations, à modifier le cours de ses relations. Et, bien sûr, elle est parsemée de cliff hangers, de fins de chapitres intrigantes qui nous font tourner les pages vite vite.

Les personnages manquent parfois de subtilité, mais ne perdent jamais leur humanité. Harper aurait toutefois gagner à être plus…« salie », moins parfaite. Avec sa naïveté, sa gaieté et son côté ultra maternel, elle rappelle une éducatrice en garderie très dévouée, mais entourée d’adultes. D’ailleurs, même si elle n’a que 26 ans, l’attitude des gens autour d’elle laisse penser qu’elle en aurait dix de plus.

Et si je devais reprocher autre chose au roman, ce serait ses temps morts. Autant ai-je passé au travers certaines pages en temps record, d’autres se sont étirées à n’en plus finir. Les chapitres documentant l’affection grandissante d’Harper et du pompier, bien que charmants, rappellent trop la comédie romantique pour ne pas jurer avec l’ensemble et crée des suspensions agaçantes.

The Fireman n’est pas de l’étoffe de Heart-Shaped Box ou NOS4A2, mais offre tout de même un contenu supérieur à celui de Horns. Malgré des longueurs et une héroïne qui rappelle trop Mary Poppins, il s’agit d’un divertissement de qualité, une oeuvre dynamique qu’on retrouvera d’ailleurs sans doute bientôt au cinéma – Fox en a récemment obtenu les droits!

par ÉLISE LUCIE HENRIPIN

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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