Brève histoire du faux sang

Pour la crédibilité d’un film d’horreur, l’aspect du faux sang est absolument crucial. Au court de l’évolution du cinéma, les spectateurs en ont littéralement vu de toutes les couleurs : rose, orange, rouge trop clair, rouge trop foncé, etc. Voyons un peu, en quelques faits marquants, la brève histoire du sang de cinéma.

1916 Intolerance : Love’s Struggle Throughout the Ages de D.W. Griffiths est l’un des premiers films contenant des scènes de gore. Afin de rendre réelle décapitation, éviscération et empalement, Griffiths a expérimenté plusieurs recettes, goûtant à la difficulté d’imiter l’hémoglobine.  

1934 Début de l’application du Motion Picture Production Code, aussi appelé Code Hays, qui censura de façon très sévère les films hollywoodiens. Ainsi, le meurtre ne pouvait être montré en détail et tout ce qui a trait à l’horreur, la brutalité et la condamnation à mort devait être présenté avec «bon goût»! Les innovations en matière de faux sang furent donc brusquement ralenties.

1957  Les films se colorent petit à petit et aussitôt que l’année 1957, des films d’horreur se conforment à cette nouvelle mode. Avec des longs métrages tels que The Curse of Frankenstein et Horror of Dracula, où le sang est rouge très clair, il devient évident que la recette devra être revue.

196psycho0 Hitchcock frappe fort avec Psycho, dont la fameuse scène de la douche tournée en 7 jours, coûta à elle seule 62 000 dollars. Pour rendre le meurtre plus réaliste, le sang utilisé au cinéma jusqu’à ce jour fut rapidement écarté, car il était beaucoup trop liquide. Le réalisateur désirait une viscosité parfaite. Plusieurs essais furent effectués, notamment avec du ketchup, mais c’est le sirop de chocolat Bosco qui fut retenu. Autre innovation réalisée par l’équipe d’Hitchcock, les éclaboussures de sang créées à l’aide d’une bouteille de plastique pressée.

1963 Alors qu’il travaillait sur Blood Feast, Herschell Gordon Lewis, surnommé Godfather of gore, refusa d’utiliser le traditionnel faux sang conçu pour le noir et blanc pour tourner en couleur, car il était trop violet.  Il a donc fait appel au Barfred Laboratories pour avoir du sang «sur mesure».

1960-1970 Kensington Gore est une des premières marques de faux sang. Commercialisé par le pharmacien anglais John Tinegate, cette hémoglobine, populaire pour sa grande qualité, se déclinait en 9 sortes différentes, présentant divers degré de viscosité et couleurs.

1972 Le maquilleur Dick Smith (The Exorcist, Godfather, Taxi Driver) révolutionne la recette du faux sang. Il perfectionne son mélange en utilisant du sirop de maïs pour la base, du colorant artificiel rouge et jaune, du Méthyle ParaBen en tant que préservateur et du Photo-Flo afin que le liquide s’écoule de façon naturelle, avec la bonne consistance. Cependant ce sang causa un curieux problème : il semblait beaucoup trop réel pour la Motion Picture Association America qui  cota X le film Taxi Driver, pour le bain de sang de la finale. Scorsese a alors trafiquer la couleur du sang à l’écran pour le rendre plus sépia, histoire que son film soit coté «pour tous».

1980 La scène où un ascenseur déverse une impressionnante quantité de sang dans le film culte The Shining a pris tout près d’un an de tournage. Stanley Kubrick, le réalisateur, n’était jamais satisfait de l’effet du faux sang à l’écran. Finalement, c’est du Kensington Gore qui a été utilisé, mais la consistance donne malheureusement une impression d’eau colorée en rouge.

1980-1989 Surfant sur le succès de Halloween (1978) et Friday the 13th (1980), les années 80, appelée les «glorieuses eighties», constituent un véritable terreau d’expérimentation. Les maquilleurs d’effets spéciaux, groupe duquel se démarque évidemment Tom Savini, perfectionnent leur art pour s’approcher toujours plus de la réalité. Le faux sang y adopte une couleur plus foncée et une texture plus épaisse.

  11116755_670560919756189_1941750049_n1992 Peter Jackson bat un record en matière de quantité de faux sang utilisé pour un seul film avec Braindead, encore surnommé le film le plus gore de tous les temps.  Seulement pour la scène finale, plus de 300 litres de faux sang ont giclé sur les murs et les acteurs. D’ailleurs, le tournage fut un véritable calvaire pour ces derniers, car ils étaient constamment aspergés d’eau entre les scènes afin d’empêcher le sang de sécher.

Années 2000 Il existe maintenant une dizaine de recettes de faux sang efficace, toutes plus ou moins des variations de celle de Dick Smith. Le mélange peut changer selon la situation : les acteurs doivent en avoir dans la bouche ou non, en avoir près ou dans les yeux, le cracher, etc. Plusieurs sortes de fausse hémoglobine peuvent être utilisées pour un même film, dépendamment de l’éclairage, ou encore si le sang provient d’une artère ou d’une veine!

2003 Certains réalisateurs changeront de recette selon le style qu’ils veulent donner à leur film. Par exemple, pour la scène du massacre dans la boîte de nuit de Kil Bill vol 1. Tarantino a commandé 450 gallons de «sang de samurai».

 Le sang de cinéma est de nos jours parfois fait de pixel, on l’appelle «CGI blood». Très critiqué pour son aspect artificiel, il est souvent utilisé pour régler des problèmes de logistiques ou réduire les coûts d’un tournage. On peut en voir des exemples dans les films Blade (1998), 300 (2006) et Piranha 3D (2010).

 

Quelques anecdotes de tournage

Dexter sangDans la série Dexter, les techniciens d’effet spéciaux ont utilisé une recette de faux sang à base de savon vaisselle et de sirop d’érable à laquelle ils ont ajouté de l’essence de menthe pour éloigner les insectes!

Due à sa composition, le faux sang peut être très collant, au point que, couverte de ce liquide poisseux pour le tournage d’un épisode de Game of Thrones, l’actrice Emily Clarke est restée collé sur un siège de toilette!

Pour les mêmes raisons, alors qu’il tournait Evil Dead, l’acteur Bruce Campbell a vu son chandail durcir au point de se briser en deux!

Dans Texas Chainsaw Massacre, lors de la scène du dîner, Leatherface blesse réellement Sally alors qu’il lui coupe le doigt, car il était incapable de faire jaillir l’hémoglobine de la fausse lame. C’est donc le vrai sang de l’actrice que nous voyons à l’écran.

Au cours du tournage de Carrie, l’actrice Sissy Spacek a porté sa robe souillée de faux sang et ne s’est pas lavé le visage pendant 3 jours dans le but d’éviter les erreurs de raccord.

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Anne-Marie Bouthillier

About Anne-Marie Bouthillier

Lectrice insatiable passionnée par l’écriture, détentrice d'un baccalauréat par cumul (création littéraire, français écrit et rédaction) et a forgé ses premières armes de rédactrice chez le magazine Québec Érotique et le site Canoë. Fan d’horreur et nourrissant une forte curiosité pour tout ce qui est bizarre, Anne-Marie a publié des nouvelles dans Horrifique, Souffle d’Éden et Clair/Obscur.

2 Comments

  1. Bonjour, Anne!
    J´ai beaucoup aimé cet article et je l´ai traduit en portugais, pour mes élèves de maquillage, en citant, bien sûr, vos crédits. J´espère que cela ne vous deplaise pas.. Je vous invite à le voir sur mon blog! https://boudoirdamaquiagem.blogspot.com.br/2017/08/sangue-falso.html

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