Bone Tomahawk : quand se côtoient cowboys et cannibales

Bone Tomahawk posterDans une petite ville du far-west, un mystérieux étranger est blessé lors d’une altercation au saloon. Samantha, la docteure, est appelé à sa cellule en pleine nuit pour retirer la balle. Au matin, surprise : tous deux ont disparu, de même que l’officier de garde. Kidnappés, selon toute vraisemblance, par une tribu sanguinaire dont on sait peu de choses, sinon qu’elle est foutrement dangereuse. Le mari de Samantha, en convalescence d’une blessure importante à la jambe, se lance à sa recherche : l’accompagnent le shérif, son second et un gunslinger. Dans le désert inhospitalier, entourés de bandits et de cannibales, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils y laissent leur peau – et les tripes.

Farfelue, l’intrigue? Un peu, mais pas ridicule. Pas mal du tout, en fait, et surtout pour un premier long métrage. S. Craig Zahler livre ici un film imparfait, mais mémorable.

Avec une trame sonore discrète et un éclairage naturel, Bone Tomahawk présente une subtilité qui ne fait pas l’apanage de l’horreur (et, surtout, du film de cannibales, qui ressemble souvent à une farce raciste de torture porn). Pourtant, l’horreur s’y étale au grand jour, où l’on ressent le soleil tapant, le vent brûlant et la solitude du  vaste désert américain. Bone Tomahawk suit un rythme assez lent, qui met l’emphase sur la relation entre les personnages, leur évolution psychologique et la dimension suicidaire de la mission. Attendez-vous donc à de longues scènes de personnes qui marchent dans le désert en parlant, et une finale pas forcément spectaculaire. Le gore ne fait pas légion mais, quand il y en a, il y a de quoi grincer les dents : une scène en particulier, et vous saurez laquelle quand vous la verrez, est à glacer le sang. C’est justement son traitement, sobre et non tape-à-l’oeil, où le sang et la violence sont présentés comme si vous y étiez, sans flaflas, ni zoom, ni coups de trompette, qui lui donne toute sa puissance. Malgré quelques failles dans la logique de l’histoire, le scénario est bien serré et l’on ne s’y ennuie pas une seconde, même quand l’action n’est pas au rendez-vous.

Bone Tomahawk 2

Ce western d’horreur met en vedette des acteurs ayant déjà fait leur preuve (Richard Jenkins, Patrick Wilson, David Arquette, Matthew Fox et, bien sûr, Kurt Russell), qui ne déçoivent pas. La seule entorse à ce casting concerne malheureusement l’un des deux seuls personnages féminins, Samantha. La faute n’incombe pas entièrement à l’actrice, Lili Simons, dont la performance n’est pas mauvaise, simplement un peu ennuyante : le désir de plaire au regard masculin la présente toutefois comme beaucoup trop propre pour l’époque et les circonstances, avec un brushing impeccable en tout temps, qui donnent toujours l’impression qu’elle n’est pas à sa place. Dommage.

La difficulté des relations entre Blancs et Amérindiens est évoquée sans jamais n’être centrale grâce à la haine que leur porte Groover, la sensibilité de Chicory et la courte intervention d’un personnage simplement appelé « the professor ». Heureusement, Bone Tomahawk ne tombe pas dans le racisme et établie rapidement que ces « sauvages » sont exceptionnels.  Au moment de la confrontation, ils se comportent toutefois un peu trop stupidement dans leur défensive, ce qui enlève de la crédibilité et les rend moins terrifiant qu’on le souhaiterait. On ne cherche pas non plus à nous faire avaler sans subtilité une critique du colonialisme, préférant laisser à d’autres ce sujet douloureux. Les conflits se déroulent à plus petite échelle.

Paru à la fin 2015 et ayant obtenu peu de visibilité au Canada, le film est disponible depuis peu en DVD et Blu-Ray. Ça vaut la peine? Absolument.

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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