Anna Caritas – Le sortilège : un retour en enfance grâce à Patrick Isabelle

Anna Caritas sortilège Patrick Isabelle

La couverture d’Anna Caritas m’a plongée loin dans mes souvenirs: à l’époque des livres Frissons. Vous vous souvenez des ces petits livres noirs, avec des polices d’écriture très angulées et dégoulinantes, je me souviens encore du livre Le chalet maudit de R.L. Stine, c’était la première fois que je lisais un livre au complet en moins d’une journée, je me souviens de la température, de ma place dans la voiture, de la couverture du livre, presque des noms des personnages, j’étais totalement absorbée, j’avais découvert la lecture… J’ai, d’ailleurs, en ce moment, une très très forte envie d’aller en racheter quelques-uns et de passer une semaine à ne lire que cela. En fait, je n’ai aucune idée de ce que je ressentirais en les relisant, c’était peut-être pas très bon finalement, mais j’ai eu un plaisir vraiment similaire à ce que je vivais dans mes souvenirs «frissonnants» quand j’ai lu (en moins d’une journée…) le nouveau roman de Patrick Isabelle: Anna Caritas – Le sacrilège.

Anna Caritas sortilègeJuste la couverture a suffi à remonter vers mes lointains souvenirs de lectrice de livres jeunesse d’horreur, la police angulée, les jambes et la planche de ouija, sur fond noir, tout y était, je savais que j’allais aimé ce livre. C’est quand même un peu plus la présence de l’auteur à l’émission Plus on est de fous plus on lit qui m’a intéressée au livre. L’auteur explique, dans son entrevue, que son désir avec Anna Caritas – Le sacrilège, est d’offrir aux jeunes une vraie littérature d’horreur, parce qu’ils vont s’intéresser très jeunes à ce genre et que Stephen King n’est peut-être pas le meilleur point de départ pour des jeunes de 11-12 ans. Bien que Senécal ait écrit deux livres jeunesse d’horreur, il s’adresse plus aux enfants du primaire… Je me demande toujours quoi faire avec mes petits de première secondaire quand ils veulent que je leur conseille des «bons» livres d’horreur. Je vous mets aussi au défi d’imaginer ma face quand je vois une élève de première secondaire lire Les sept jours du Talion, Il y aura des morts et Le passager de Senécal… Eh bien, c’est pari réussi pour Patrick Isabelle, c’est une excellente histoire d’horreur, sans censure, mais sans le côté «adulte» de King ou Senécal, ou même de beaucoup d’autres. Par sujets adultes, je ne veux pas dire seulement le sexe et la violence extrême, mais aussi les personnages adultes, les problématiques qui ne touchent pas les jeunes (travail, mariage, enfants, etc.)

D’abord, Anna Caritas, c’est une école privée, dans un village, qui accueille des élèves issus de familles très riches qui souvent habitent aux résidences de l’école. L’école offre aussi un accommodement aux gens de la place pour qu’ils puissent y avoir accès. Une ancienne élève, Marianne Roberts, revient après deux ans d’absence. Elle aurait retrouvé ses parents morts, sauvagement assassinés dans leur manoir aux abords du village, et aurait littéralement «pété une coche». Le narrateur, William Walker de deuxième secondaire, raconte la suite d’événements étranges qui semblent enclenchés par le retour de Roberts dans le village de Saint-Hector. C’est lors d’une fête chez Sabrina Viau que la bande d’amis va sortir le jeu de Ouija et essayer de contacter l’au-delà pour avoir des réponses. C’est aussi à ce moment qu’ils vont libérer une force surnaturelle qui hantera la pauvre Sabrina. Face à cet ennemi invisible, William et ses amis n’auront d’autre choix que de s’allier avec Marianne pour essayer de percer le mystère et de sauver Sabrina et leurs amis.

Plusieurs fois dans cette histoire, Patrick Isabelle a su me surprendre sur plusieurs facettes de son récit: personnages, lieux ou retournements de situation. Son écriture m’a aussi séduite, la plume est efficace et les scènes de suspense comme les scènes plus quotidiennes sont extrêmement bien rendues. Une des premières scènes de tension est le party-Ouija-qui-tourne-mal, dont voici un extrait: «La lumière des bougies a semblé s’atténuer pendant un bref instant, plongeant le salon dans une ambiance étrange. J’ai cru voir du coin de l’oeil un mouvement dans la pièce. J’ai eu beau regarder autour de moi, à la recherche de quoi que ce soit qui aurait pu se déplacer… Rien. Juste des ombres dansantes de nos silhouettes s’allongeant sur le plancher et les murs, comme des spectres sinistres. Je n’osais pas me l’avouer, mais à ce moment-là, j’ai commencé à ne pas aimer le sentiment bizarre qui s’emparait de moi petit à petit. Quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. La peur. Une peur irrationnelle. Un vertige inexplicable qui me donnait l’impression que la noirceur se refermait sur moi. C’est tout dans ta tête Will. C’est tout dans ta tête, que je me suis répété.»

Bref, pour m’avoir replongée dans mes souvenirs des livres Frissons et du jeu Ouija (auquel j’ai toujours refusé de jouer), merci à Patrick Isabelle, et j’ai vraiment hâte de lire la suite. Un tome 2 est en route! 

Valérie Tremblay

About Valérie Tremblay

Originaire d'Abitibi-Témiscamingue, Valérie Tremblay est enseignante de français et d'espagnol au secondaire depuis 6 ans. En plus de ses études en enseignement, elle a terminé un baccalauréat en études hispaniques à l'Université Laval à Québec. Elle a écrit des chroniques de livres jeunesses de tous genres de 2010 à 2014 pour le webzine culturel Info-Culture.biz en parallèle avec sa carrière.

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