Ann Smart : Création et conscience

Ann Smart artiste

Ann Smart frappe droit au cœur et à l’âme avec des œuvres touchant profondément par leurs thématiques criantes de vérité, de franchise et par leur appel à l’urgence d’agir. Elles ne sont pas qu’un avertissement, mais plutôt une incitation à prendre conscience et à intervenir rapidement au sein d’une société, d’un monde et d’un environnement qui dépérissent. Rencontre avec une artiste exceptionnelle qui en plus de mettre le spectateur face à la réalité de son entourage le met face à lui-même.      

Créer pour dénoncer

Sur son site Web, Ann cite Hubert Reeves : « On est dans une course, un match entre deux forces : la détérioration et la restauration. Qui l’emportera? On ne sait pas. » Je lui ai demandé de me parler de cette citation. Selon elle, l’humanité arrive à un tournant où les écosystèmes s’effondrent à une vitesse alarmante. Elle se dit fortement préoccupée par cet écocide mondial où les dirigeants mettent en péril et l’environnement. « Donc si l’être humain, ces élites et nos élus ne travaillent pas à améliorer la qualité de vie terrestre en libérant les énergies libres et en cessant de surexploiter les ressources non renouvelables et s’il y a un retour au respect de nos écosystèmes, je crois qu’il serait encore possible de s’en sortir malgré tous les dommages déjà causés à notre terre mère. Je crois cependant qu’il est urgent de nous éveiller collectivement », dit-elle.

Ann ajoute qu’en ce sens, peu importe le sort de l’Homme, la planète survivra et fera ce qu’elle a à faire pour assurer sa survie, mais que l’incertitude concerne l’humanité. « Si nous n’effectuons pas un virage de 180 degrés rapidement, je crois sincèrement que l’humanité telle qu’on la connait s’éteindra. Nous entrons dans une ère post humain. Mon travail de création est donc ma façon personnelle de contribuer à la prise de conscience et aux changements qui doivent s’effectuer car la situation est pressante », précise-t-elle.

Mon corps est un bâteau Ann Smart

« Mon Corps est un Bateau I », série « La Vague », gouache et crayon de plomb sur papier, 10’’ x 8’’, 2007

Le cœur à la dérive, l’âme qui vole

Ann Smart a commencé ses activités artistiques à l’âge de treize ans, même si alors elle se sentait déjà concernée par la planète et son état préoccupant depuis quelques années. « Toute mon enfance, j’ai dessiné et bricolé. Une grande passion pour la créativité m’habitait. J’étais aussi très préoccupée par notre qualité d’air et d’eau; deux éléments essentiels pour notre survie. Je me disais, si un jour ils venaient qu’à être empoisonnés ou pollués, comment pourrions-nous survivre ? » 

Ainsi, au fil du temps, ce questionnement récurrent prenait de plus en plus d’importance et démontrait une évolution significative dans son œuvre. Sa troisième série de pièces en importance, « Oneiros » (signifiant « rêve » en grec) – elle aussi sur la thématique de l’humain et de son rapport avec l’environnement – fait d’ailleurs état de l’évolution de ce questionnement, en plus d’aborder les paradoxes ultimes comme la vie et la mort. Sa quatrième série de pièces, « La Vague », reprend cette thématique en s’appuyant notamment sur le tsunami d’Asie du Sud-Est survenu en 2004. « À travers mes œuvres, j’invite chaque personne à se questionner sur sa relation à lui-même, à sa vie intérieure, à celle qu’il entretient avec l’extérieur qui est très révélatrice de notre équilibre ou déséquilibre intérieur », mentionne-t-elle.

Recycler pour créer

Nul ne peut rester de glace devant la texture et la profondeur des œuvres d’Ann Smart. Elles démontrent non seulement une maîtrise de la technique plastique, mais également une versatilité et une recherche de la matière incomparable, allant du collage au pastel en passant par les objets recyclés. Questionnée au sujet des techniques qu’elle utilise pour concevoir ses pièces, elle affirme : « Pourquoi acheter davantage et consommer des matériaux nouveaux alors que plusieurs déjà existants sont disponibles à notre portée et contribuent à polluer, mais qu’on peut plutôt réutiliser? »

The Last Beer Ann Smart

« The Last Beer », série « Noire », volet « Pop Tart », recyclage, acrylique sur papier magazine, 11,5’’ x 8,7’’, 2013

Ainsi, dans la pièce ci-contre, l’artiste souhaite susciter la réflexion sur l’industrialisation de l’égo au sein d’une société matérialiste dans un contexte narcissique où le souci de sa propre image aux yeux des autres implique la surconsommation. « Dans le cadre de mon travail de création, il est important pour moi de mettre en valeur les notions de Recyclage, de Réutilisation et de Réduction des matières en utilisant des supports de travail déjà existants », précise Ann.

Depuis que j’ai commencé à suivre le travail d’Ann Smart au début des années 2010, je remarque l’omniprésence du noir dans son œuvre. J’en ai profité pour en savoir davantage au sujet de cet élément visuel récurrent. « Depuis toute petite, le noir me fascinait car lorsque je dessinais et coloriais, je m’apercevais que je n’aimais pas certaines couleurs côtes à côtes, ou leur résonnance entre elles, comme le jaune et le violet par exemple, ou le brun et le orangé. Je trouvais que certaines combinaisons n’étaient pas harmonieuses, mais que le noir placé aux côtés de toutes les couleurs rehaussait leur éclat et vibrations et apportait un contraste fort à chacune », dit-elle. Elle cite d’ailleurs Coco Chanel qui disait « Noir, parce qu’il crée la profondeur autour des autres couleurs ».

Le noir représente également pour elle le mystère des choses et lui permet d’explorer des zones sombres pour mieux les transcender et découvrir la lumière qui en ressort.

Conscientisation et vocation

L'aurore Ann Smart

« L’aurore », série « Oneiros », huile et collage sur toile, 44’’ x 34’’, 1995

L’un des projets les plus importants pour Ann fut son exposition au Musée National des Beaux-Arts du Québec dans le cadre de la Biennale Découverte 1991 où près de trois cents artistes canadiens furent inscrits. L’une des œuvres de l’artiste fut retenue parmi trente-trois, sans compter le fait que l’une de ses œuvres fut aussi retenue parmi onze pour la vente aux enchères qui s’en suivit. Elle prit aussi part en 1995 à l’exposition-concours « Le Maître » au Centre de Créativité des salles du Gesù où elle remporta le premier prix du public Hydro-Québec.

Ann Smart souhaite actuellement compléter sa « Série Noire » en y ajoutant un volet plus politique afin de continuer à susciter des réflexions sur notre époque. Elle souhaite également compléter le volet « Pop Tart » de sa « Série Noire » en peignant sur des objets usuels et en intégrant des extraits d’écrits et de poèmes qu’elle aime.

Elle vise également à exposer ses œuvres au niveau international. Elle se dit ouverte à être représentée par une galerie québécoise respectueuse de ses artistes, mais se dit très satisfaite à travailler de façon autonome pour le sentiment de liberté et d’indépendance que cela lui procure. Nous souhaitons à cette artiste tout le succès qu’elle mérite!

The Last Angel Ann Smart
Les œuvres d’Ann Smart sont en vente sur le site. On peut aussi la suivre sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter . On peut aussi la contacter par courriel à l’adresse oreade235@yahoo.ca.

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


close
Facebook IconTwitter Iconfacebook like buttontwitter follow button
%d blogueurs aiment cette page :