325 ans plus tard, Salem fascine encore

Après s’être attardée à la vie de Cléopâtre et celle de Vera Nabokov, la biographe Stacy Schiff prend Salem d’assaut pour réexaminer l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de la Nouvelle-Angleterre.

La récipiendaire d’un prix Pulitzer dissèque le climat géopolitique de l’époque et dépeint le quotidien des habitants de Salem pour démystifier et tenter d’expliquer comment une poignée de jeunes femmes a pu convaincre toute une communauté de mettre à mort vingt sorcières et sorciers – dix-neuf pendus et un torturé à mort.

L’hystérie collective débuta quinze ans après la Guerre du Roi Philip, qui opposa les colons anglais établis en Nouvelle-Angleterre à quelques peuples amérindiens alimentés en armes par les Français. De nombreux réfugiés, certains orphelins, vinrent s’établir à Salem et ses environs, au sein d’une communauté puritaine qui redoutait les Wampanoags autant que Satan. Dirigée par un gouvernement instable et entretenant des relations tendues avec l’Angleterre, les distractions étaient rares dans la colonie.

La vie gravitait autour des sermons et de la lecture des Saintes Écritures. La peur de l’Enfer y était pire que celle de la mort. Chacun veillait au salut de son âme et à celle de son voisin, dans une contante surveillance spirituelle souvent influencée par des conflits qui n’avaient rien de religieux. Les habitants se poursuivaient et se contre-poursuivaient, s’accusant tour à tour de ne pas prier assez souvent ou de prendre son bois de chauffage sur le terrain de l’autre. Certaines familles y étaient rivales depuis si longtemps qu’elles ne se souvenaient plus pourquoi.

Stacy Schiff s’attarde longuement sur la paysage dans lequel les évènements ont pris place, offrant du coup un portrait saisissant de la vie de jeune femme de l’époque. Le récit des procès, plus succinct, souffre en contre-partie de cette mise en contexte si détaillée. L’auteure donne aussi beaucoup d’importances à des figures d’autorité comme le ministre Increase Mather ou le gouverneur William Phips qui, s’ils ont joué des rôles non négligeables, ne méritent pas de place aussi importante dans un livre consacré aux sorcières de Salem.

Bien qu’exhaustive, la liste des individus concernés qui ouvre le bouquin n’inclut pas la date de leur mort ni ses circonstances, ce qui aurait pu rendre la lecture fluide, surtout considérant que beaucoup d’entre eux partageaient le même prénom et étaient reliés par le sang ou le mariage. L’ensemble parait parfois désordonné, alternant d’un personnage à l’autre, sautant parfois du factuel au discours rocambolesque de l’une des jeunes filles, ou interrompant le récit des procès par de longues explications sur les circonstances historiques dans lesquelles ceux-ci s’inscrivent : ces nombreux va-et-vient peuvent rendre la lecture pénible, surtout pour le lecteur dont l’anglais n’est pas la langue première.

 

 

 

 

 

About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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