10 Cloverfield Lane : sympa et généreux

À une ère où les films sont annoncés 12 ans à l’avance et qu’on vend des boites à lunch à leur effigie des mois avant leurs sorties en salles, 10 Cloverfield Lane a été développé avec la plus grande discrétion. La promotion du film, avec une bande-annonce presqu’entièrement musicale, entretient le mystère. Je n’en ai d’ailleurs entendu parler pour la première fois qu’il n’y a quelques semaines environ, en la voyant au cinéma juste avant la projection de The Witch et en lisant le prémisse du film dans mon magazine Cinéplex. What, ils font un Cloverfield 2? Pour la fille qui a vu le film de Matt Reeves au moins 10 fois et en a même rédigé une analyse sémio-pragmatique au bac, c’est assez excitant. Pas assez pour partir de chez moi à l’avance un vendredi soir, après avoir acheté nos billets de ciné en ligne. Le film est à 21h30. À 20h45, mon mari et moi prenons nos dernières bouchées de hamburger et mettons fin à une marathon de The IT Crowd sur Netflix. Puis, évidemment, en raison du « ralentissement de service sur la ligne verte », c’est à 21h40 qu’on arrive dans la salle 9 du Cinéma Banque Scotia, pour se rendre compte qu’il ne reste plus qu’une poignée de sièges libres.

Bref, bottom line, on a des places de marde. À deux pouces de l’écran, le nez dans le ventre de John Goodman, si la caméra bouge trop vite, je fais un p’tit vomi dans ma bouche.

Heureusement, la caméra bouge rarement trop vite dans 10 Cloverfield Lane. L’apocalypse rage peut-être à l’extérieur mais nos trois personnages, Michelle (Mary Elizabeth Winstead), Emmet (John Gallagher Jr) et Howard (John Goodman), sont coincés dans un bunker avec assez de provisions pour tenir des années. Pour se divertir, ils ont Monopoly, un DVD de 16 Candles, une pile de magazines pour ados…et leur absence d’affinités.

Cloverfield

Au moment où je m’installe, une intro musicale nous montre Michelle quitter son appartement à la suite d’une engueulade salée avec son fiancée. Ce prélude mélodramatique ne sert en rien l’intrigue, d’autant plus que son traitement jure avec le reste. Il est coupé court, toutefois, quand la voiture de la jeune femme entre en collision musclée avec un autre véhicule sur une route rurale de la Louisianne. Quand la jeune femme reprend conscience, elle est en « sûreté » dans un abri souterrain aménagé par Howard, un survivaliste aguerri dont le capital de sympathie est dans les -1000, et qui a Psychopathe tatoué sur le front. Avec eux se trouve Emmet, fin vingtaine, qui a aidé Howard à construire l’abri et s’y est rendu en panique sitôt l’apocalypse déclarée.

Peut-on faire confiance à Howard? Probablement pas. À vrai dire, tout porte à croire que cet homme bizarre serait un dangereux meurtrier, et que les vêtements qu’il a prêtés à Michelle sont même ceux de sa dernière victime. Effrayés, Emmet et Michelle élaborent un plan complexe pour quitter le bunker et tenter leur chance à l’extérieur.

Laissez-moi partager le plan que j’aurais élaboré, moi, si j’étais Michelle : tuer John Goodman à coups de ciseau dans son sommeil, puis attendre la fin du monde en mangeant de la soupe en canne et en faisant l’amour avec John Gallagher Jr. Mais bon, les meilleurs plans ne font pas les meilleurs films. Celui de nos deux amis est intelligent mais compliqué et, bien sûr, il ne se déroulera pas comme prévu.

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10 Cloverfield Lane n’est pas la suite directe du spectaculaire found footage Cloverfield de 2008, même s’il se déploie dans un univers similaire et qu’on retrouve dans l’équipe de tournage des noms familiers, comme ceux de Matt Reeves et J.J. Abrams. Alors que les suites ont tendance à tout faire plus gros, celle-ci propose un cadre minimaliste, claustrophobe et paranoïaque. Le dernier 20 minutes donne toutefois lieu à une bousculade de séquences d’action et une orgie d’effets spéciaux : le résultat est alors exagéré, plus grand que nature, et prend quelques libertés avec les lois de la science, notamment avec un cocktail Molotov beaucoup trop destructeur. Le film demeure toutefois si épique, généreux et sympa qu’on lui pardonne ce débordement, surtout après tant de retenue. Il est aussi soutenu par un casting talentueux, dont la vedette est sans contrepartie le très inquiétant John Goodman.

Du côté des faiblesses, on note une musique parfois trop présente lors des scènes de dialogue, ainsi que des détails irréalistes mais peu importants que quelqu’un d’un peu autiste (lire, MOI) risque de trouver ennuyeux, comme le fait que le vernis à ongles de Michelle demeure pareillement écaillé du début à la fin, ce qui donne l’impression que le récit se déroule sur une période de deux jours max, ou que même s’il accorde beaucoup d’importance aux bonnes manières, Howard ne voit pas d’objection au fait qu’Emmet n’enlève jamais sa casquette, même lorsqu’il est à table. Ça n’a pas de logique, non?!!!

Mais bon, ce n’est pas suffisant pour jeter de l’ombre sur ce formidable divertissement. Allez le voir, je vous le recommande vivement – mais arrivez à l’avance, pour avoir des places pas trop pires!

Ce paragraphe s’adresse aux fans du Cloververse : vous serez ravis et intrigués de constater que Howard travaillait pour Bold Futura, une filiale de Tagruato Corp, et fut même employé du mois en février 2016. Aurait-il construit cet abri antiatomique en sachant cette tragédie imminente?

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About Elise Henripin

Boulimique de littérature et de cinéma d’horreur, Élise a collaboré à plusieurs blogues et projets consacrés à cet univers, dont Sinistre Magazine et Strange-Movies. Depuis 2014, elle est également chroniqueuse littéraire à l'émission L'étrange programme, un magazine culturel diffusé sur les ondes de TCF - La télévision communautaire de Montréal. Auteure d’un roman intitulé Soif publié en 2011, elle espère renouveler l’expérience de publication d’ici quelques années. Suivez-la sur Twitter et Instagram @ehenripin.

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